Guerre en Ukraine : ancien de l’USAP, Dimitri Basilaia cuisine solidaire en plein conflit à Kiev

Restaurateur à Kiev, l’ancien troisième-ligne géorgien de l’USAP Dimitri Basilaia est resté en Ukraine après la guerre déclenchée by Vladimir Poutine. Il témoigne de la situation dans la capitale ukrainienne et explique son choix de rester soutenir son pays d’adoption après l’invasion russe. Il a mis son restaurant au service de la résistance ukrainienne.

Dans la nuit du 23 au 24 février, la vie de Dimitri Basilaia a basculé. Comme celle de quarante-quatre millions d’Ukrainiens. Ce matin-là, l’armée russe a lâché ses premiers missiles sur son voisin. Vers quatre heures du matin, lorsque les premières explosions ont commencé à se faire entendre, Dimitri Basilaia dormait dans son appartement de Kiev. La veille, la soirée avait été fructueuse. son petit restaurant georgien, PilPiliavait fait le plein.

L’ancien troisième-ligne géorgien de l’USAP et de l’équipe nationale géorgienne (38 sélections entre 2008 et 2015) était à mille lieux de s’imaginer qu’il ne reverrait plus ses clients avant des semaines, des mois peut- être. « Le mercredi, le restaurant n’avait pas désempli de la journéenous raconte-t-il au téléphone. Le jeudi matin, tout était fermé et la population confinée chez elle. C’était hallucinant ! » Mais que faisait-il en Ukraine ?

Toute l’équipe de benévoles des deux restaurants de l’ancien 3e ligne de l’USAP.
DR – DR

Apprentisage chez Henri Poch

« Après mes deux saisons à l’USAP (20 matchs joués en Pro D2 entre 2014 et 2016)j’ai voulu passer un CAP de boulanger-pâtissier, explique celui que ses amis surnomment « Dima ». J’ai joué encore deux saisons avec le club de la Côte Vermeille (l’Union Côte Vermeille), ce qui m’a laissé le temps d’apprendre mon nouveau métier. J’ai travaillé un an chez Henri Poch, à Ille-sur-Têt, j’ai rencontré Olivier Bajard. Après mon passage en France, je suis rentré en Géorgie où je voulais ouvrir une boulangerie française, à Tbilissi. Puis j’ai eu l’opportunité de venir sur Kiev… »

Formé chez Poch à Ille-sur-Têt, Dimitri Basilaia fabrique ses propres baguettes en Ukraine.

Formé chez Poch à Ille-sur-Têt, Dimitri Basilaia fabrique ses propres baguettes en Ukraine.
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Dans la capitale ukrainienne, il s’associe avec un ami pour créer le restaurant de cuisine géorgienne dont il rêvait. « Notre cuisine ne ressemble à aucune autredit-il. Elle est goûteuse, traditionnelle, riche et variée. Je me suis amusé à répertorier les plats traditionnels, il y en a plus de 350 ! Mon preféré ? Le khinkali (1) ! » Venu à Kiev pour les affaires, une société de transport logistique entre les Etats-Unis et l’Ukraine, puis ce restaurant géorgien, il n’oublie pas le rugby. Dimitri entraîne un club de la capitale, le RC Polytechnic Kiev.

« Ils étaient descendus en deuxième division, on est remontés la saison dernière en première et nous étions troisièmes du championnat avant le début de la guerre… La première bombe russe est tombée sur Kiev au petit matinse souviendra toute sa vie Dimitri Basaiala. A moins d’un kilomètre du restaurant. Les premiers jours, on mettait trois heures pour rejoindre le restaurant. J’habite à l’ouest du fleuve Dniepr, le PilPili est à l’est. Il fallait traverser un pont. Entre les contrôles et les bouchons, je mettais un temps fou. Mais travailler était important. Ça permettait d’avoir une activité, de ne pas rester à cogiter, à ne rien faire, à ne pas tourner en rond… » Son équipe de rugbymen l’entoure. Ils décident ensemble de poursuivre l’activité restauration, adaptée au conflit. Les compagnes des joueurs donnent la main.

« La moitié des joueurs de mon club est parti sur le frontpoursuit-il. Avec ceux qui restaient, nous avons décidé de continued à préparer des reps. Pour les vieux du quartier, les bénévoles, les familles, les enfants, les combattants. La cuisine a continué de tourner, on a livré les repas. Une routine s’est installée. Live 6 hours. Départ pour le restaurant. Bouchons. Trafic. Travel en cuisine. Retour à l’appartement vers 18 heures. Tu ne fais rien, tu n’as envie de rien. Tu allumes la télé, tu regardes les infos. Scotché devant ton petit écran. Tu n’as rien d’autre à faire. La nuit, tu sursautes à la moindre explosion. Tu te demands quand une bombe va frapper ton immeuble, ton appartement… »

« Fatigué de la Guerre… »

Il n’a jamais songé quitter ni Kiev, ni l’Ukraine. « Ma mère et ma sœur vivent toujours en Géorgie. Quand j’ai parlé de la situation avec ma mère, que j’appelais tous les jours pour la rassurer parce que je sais qu’elle s’inquiétait, je lui ai dit que je voulais rester. Elle avait peur pour moi mais m’a dit une chose très marquante : « Les mères ukrainiennes ont vu partir leurs enfants pour défendre leur pays. Je ne te dirai pas autre chose : prends un fusil et fais la Guerre ! »

Pour elle, ce conflit ukrainien lui rappelait trop de mauvais souvenirs : les Guerres déclenchées par Poutine en Géorgie, en 1992 puis 2008. « C’est mon troisième conflit armé depuis que je suis nésouffle Dimitri. Tout ça me fatigue… » Pourtant, dans l’adversité, il ne veut pas renoncer. Combatif comme il l’était sur les terrains de rugby, il met son énergie au service des Ukrainiens. Et leur prépare de belles baguettes croustillantes, comme lui an appris à les faire Henri Poch au « Couvent ». Il les accompagne de bons petits plats géorgiens. « Elles se marient très bien avec la cuisine de chez nousassure-t-il. C’est trop délicieux ! » Pour s’éviter de longs et pénibles déplacements, il ouvre un deuxième restaurant, à l’est du Dniepr. « Je crois qu’on doit être les seuls à avoir ouvert un restaurant pendant le conflits’amuse-t-il. Ça permet de nourrir deux fois plus de monde. »

Dimitri Basilaia collecte des vivres pour faire à manger aux hommes sur le front.

Dimitri Basilaia collecte des vivres pour faire à manger aux hommes sur le front.
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« Merci Perpignan ! »

L’insouciance s’est envolée. Ses seuls moments de detente, il les passe à chercher les résultats du Top 14 sur internet. « J’étais trop content d’apprendre que l’USAP a battu le Racing 92… » On n’ose pas trop lui parler de la défaite face à Montpellier, samedi dernier. Il remet le rugby au center de la discussion. « Ici, c’est un sport méconnupoursuit-il. Mais les Ukrainiens sont des joueurs à fort potentiel physique. Peut-être un jour, quelqu’un parviendra à placer les joueurs d’ici dans les clubs français ou anglais, comme a su le faire en son temps Claude Saurel avec les joueurs géorgiens. » Il sait que Provale an organisé une collecte de dons pour soutenir son action à Kiev.

Il sait aussi que Perpignan et le département se sont mobilisés pour aider l’Ukraine, salue ces gestes solidaires. « Ici, les conditions de vie sont devenues très difficiles. Les familles habitaient un appartement ou une petite maison, possédaient une voiture. Du jour au lendemain, ils ont tout perdu. C’est hallucinant! » En attendant la fin du conflit, de pouvoir retourner en Géorgie embrasser sa mère, sa sœur, voyager jusqu’à Perpignan pour remercier ses amis catalans, retrouver qui sait Davit Kubriashvili, pilier de l’USAP, pour ir leur énations soqueuven, Dimitri Basilaia aimerait pouvoir trouver de la bonne farine pour continue à mettre la main à la pâte… « Je fais trois sortes de baguettes, dont une aux céréales »avance-t-il fièrement.

Pourtant, rien ne sera jamais plus comme avant pour Dimitri Basilaia. La guerre a brisé trop de vies innocentes. « Désormaisconclut-il, je suis tellement content de voir le jour se lever et le soleil monter dans le ciel ! On remercie Dieu d’être encore en vie et de pouvoir laisser entrer la lumière du jour en nous. » Comme un hymne à la (sur)vie !

  1. Le khinkali est un plaque tradition. Des raviolis que l’on fourre au choix avec des oignons, de la viaande de mouton, de bœuf, des légumes.
  2. Provale a ouvert une cagnotte leetchi pour soutenir l’action de Basilaia. Elle est encore effective. Son lien: https://lnkd.in/gnDCwNDx.
  3. Basilaia et Kubriashvili ont démarré leur carrière internationale le même jour sous le maillot géorgien, contre le Portugal (31-3), le 2 février 2008 à Tbilissi.

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