Jura Bernois – A 25 ans, elle élève des vers de farine

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Céline Albertella élève des insects pour en faire du fourrage, avec comme objectif de réduire la part des protéines végétales, mangeuses de terre.

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Son élevage a débuté par deux boîtes achetées dans une ménagerie de Courrendlin (JU).

lematin.ch/Vincent Donzé

Changement de bac: avant de devenir des coléoptères, les vers de farine se nourrissent de pain sec.

Changement de bac: avant de devenir des coléoptères, les vers de farine se nourrissent de pain sec.

lematin.ch/Vincent Donzé

Ça grouille à l'intérieur des bacs après le nourrissage, jamais à l'extérieur.

Ça grouille à l’intérieur des bacs après le nourrissage, jamais à l’extérieur.

lematin.ch/Vincent Donzé

Elle cultive des vers de farine comme d’autres alignent des verres de blanc. Avec son petit élevage en bachs, en appartement, Céline Albertella (25 ans) a pour objectif de remplacer les protéines végétales grignoteuses de terre. Pas dans l’alimentation des humains, pas encore prêts à privilégier sauterelles et criquets, mais dans celle des animaux de rente.

Elle a de la suite dans les idées, Céline Albertella! Il ya deux ans, cette étudiante en agronomie se faisait remarquer avec un jardin potager expérimental cultivé à Reconvilier avec sa complice d’alors, Amauryne Drougard, toujours active chez «Agrolab». Avec ses insectes, c’est en solo que Céline s’est lancée dans un financement participatif, avec l’espoir développer la start-up “Hexafed”.

Haute école

Ses études en agronomie lui ont ouvert les yeux: Céline est en dernière année de Bachelor à la Haute école des sciences agronomiques, forestières et alimentaires de Zollikofen (BE). «Les terres agricoles mondiales sont déjà exploitées à 85% de leurs possibilités», dit-elle.

Le chiffre qui l’effraie concerne l’importation de protéines brutes dans notre pays, blé ou soja, par exemple: 400,000 tons dans l’unique but de nourrir les animaux de rente. Son raisonnement: «Une viaande labellisée suisse peut-elle être produite avec des aliments étrangers, comme du soja?».

Marché de niche

Son objectif consiste à alimenter les poules, les porcs et les poissons avec des protéines extraites des insectes, mieux qu’avec du soja ou des céréales. «Extraire les protéines des insectes, c’est un marché de niche», souffle-t-elle.

«On change de règne animal: ce sont des mammifères qui mangent des insectes: aucune maladie n’est transmise», précise Céline. «Dans la nature, il arrive que les porcs mangent des vers de terre et les poules gobent des moucherons», indique-t-elle. Question dégoût, “les crevettes ne sont rien d’autre que des crustacés à six pattes…”, rappelle-t-elle. Les insectes, elle connaît: «J’en mangeais en Thaïlande il ya dix ans».

Forêt tropicale

À Crémines, chez son compagnon, l’étudiante de Reconvilier a empilé une trentaine de bacs dans un bureau, avec une emprise au sol minimale. Quand on tend l’oreille chez eux, on entend comme le bruit de la pluie dans une forêt tropicale, un son produit par des pattes sur du papier et du carton: «Mes coléoptères à six pattes se nourrissent nptamment de cellulose», explique ‘eleveuse.

Lundi à midi, Céline a mangé une salade. Pourquoi pas des insectes? «Je ne produis rien pour l’alimentation humaine! Mes vers sont destinés à des animaux qui s’en nourrissent à l’état naturel», insiste-t-elle.

Stade larvaire

Par centaines, ses ténébrions meuniers pondent des oeufs vers de farine, qui grinotent du pain sec au stade larvaire. Pas de panique: les coléoptères “tenebrio molitor” sont incapables de voler ou de s’échapper en rampant.

“Mon but initial était de les élever, de découvrir leur cycle, les faire se reproduire”, at-elle déclaré à propos de ses protégés. Maintenant, elle vise un local de 35 m² au Forum de l’arc, à Moutier.

Plus durable

Pour ajouter la mouche soldat noire à sa production, Céline s’est lancée dans le financement participatif. À sept jours de l’échéance, le résultat du crowdfunding est mitigé: un quart des 36 000 francs espérés est réuni: «Prononcez le mot «insecte» et vous rebutez du monde. Mais dans l’assiette, le steak sera le même!” dit-elle. Avec même un avantage: «Ma viaande sera plus durable», dit-elle.

Son métier de rêve: éleveuse d’insectes pour l’alimentation des porcs, des poissons et des volailles, mais aussi pour des animaux domestiques. Céline est consciente qu’il faudra “désensibiliser” et “déconstruire” l’image de l’insecte. Elle veut commencer par en produire et en vendre à̀ des producteurs, qui les transformeront en produit fini, mais ce qu’elle souhaite, c’est de pouvoir produire les aliments elle-même, à la machine.

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