Le chat forestier, un des rares félins sauvages d’Europe, en expansion en France

Par Angela Bolis

Publié le 30 mars 2022 à 01h04 – Mis à jour le 30 mars 2022 à 10h15

Sur un sentier du massif des Corbières, dans l’Aude, Maxime Belaud fait défiler les images prises par son piège photo. Soudain, il apparaît : un gros chat au pelage gris fauve légèrement marbré. Sa queue touffue, ornée d’anneaux noirs, ne laisse guère de doute : c’est un chat forestier, Felis silvestris silvestrisl’un des deux félins sauvages d’Europe avec le lynx. « Un beau mâle »estime M. Belaud, de l’association Nature en Occitanie.

L’animal hésite, hume les sous-bois… « Et voilà, il se frotte au tronc au lieu d’utiliser mon piège à poils ! », peste le naturaliste. Cette fois, il n’y aura donc rien à collecter sur la brosse en bois, imprégnée de racines de valériane pour attirer les matous. Mais peu importe : depuis décembre 2021, l’association a pu récolter suffisamment de clichés et d’échantillons pour confirmer, sous réserve des analyses génétiques, la présence de chats forestiers dans le secteur. Et élargir encore un peu son aire de répartition officielle.

Photo d'un chat forestier en train de se frotter sur un piège à poils, price par un appareil photo automatique le 15 février 2022, dans le cadre du suivi du chat forestier en Occitanie.

Depuis quelques années, les découvertes se succèdent sur le petit félin, qui connaît une indéniable expansion en France. En 2020, l’Office français de la biodiversité (OFB) attestait sa présence dans l’Hérault. Peu après, il était photographié pour la première fois dans la Drôme par des chasseurs – sans analyses génétiques néanmoins. En 2021, l’association Nature en Occitanie dévoilait sa présence sur la montagne Noire, dans le Tarn, avec quelque 70 échantillons de poils et 400 clichés à l’appui.

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Cette nouvelle étude dans l’Aude, qui touche à sa fin, vise à mieux comprendre les connexions entre les chats de la montagne Noire et ceux des Pyrénées, foyer relictuel où ils n’ont jamais disparu. « On essaie de faire ressortir les chemins empruntés par l’espèce pour recoloniser le territoire, en concentrant nos recherches sur les corridors écologiques : les haies, les ripisylves [boisements bordant les cours d’eau]les îlots forestiers…, explique Maxime Belaud. On cherche aussi à savoir si l’autoroute A61, qui passe entre les deux secteurs, constitue un obstacle. » Plus largement, l’association coopère avec l’OFB pour cartographier sa présence dans toute l’Occitanie : l’établissement public prospecte de son côté dans l’Aveyron, le Lot et la Lozère.

Lente reconquête

L’expansion du chat forestier semble s’accélérer depuis quelques années, mais elle n’est pas nouvelle. Des les années 1980 et 1990, les premières études sur sa répartition montraient déjà une dynamique favorable: ses effectifs se densifiaient dans les foyers les plus anciens.

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