Les réintroductions animales, délicates opérations de la dernière chance

Les vautours, sur les Grands Causses, les bouquetins, dans les Alpes, les aprons, dans les eaux de la Drôme et de l’Ardèche, les castors, un peu partout sur le territoire français : beaucescoup l’ignorent, maipsès plus ou moins emblématiques, ne doivent leur présence sur le territoire national qu’à des opérations de “translocation de conservation”, pour reprendre le vocabulaire en vigueur parmi les naturalistes. Depuis environ cinquante ans et la price de conscience des coups que notre société portait à la diversité animale, la France a connu des dizaines d’opérations de réintroduction. « Personne ne pourra vous dire exactement combien tant les situations sont variéesavertit Michel Salas, directeur de la recherche et de l’appui scientifique à l’Office français de la biodiversité (OFB). Des associations locales aux fédérations de chasse, en passant par les services de l’Etat, il n’y a pas de canal unique. En revanche une chose est sûre, c’est toujours une opération compliquée, délicate à préparer, délicate à mettre en œuvre, délicate à suivre. Et coûteuse. Autrement dit, avant de s’y lancer, il faut s’assurer que l’on a réuni toutes les conditions. »

Florian Kirchner, chargé du program Espèces au comité français de l’Union internationale de conservation de la nature (UICN), complète le constat. « C’est l’opération de la dernière chance, celle que l’on pratique quand toutes les actions de préservation de la diversité ont échoué ou se sont montrées insuffisantesinsiste-t-il. C’est toujours un énorme effort avec un résultat aléatoire, donc on ne peut pas le généraliser. Mais lorsqu’on a une petite population résiduelle, voire seulement des individus en captivité, on n’a parfois pas le choix. Et le succès peut être au rendez-vous. »

Les livres d’histoire naturelle font souvent remonter cette pratique à la réintroduction du grand tétras, en Ecosse, en 1837. « Mais était-ce uniquement pour le sauver ou pour pouvoir aussi à terme lui tirer dessus, déjà à l’époque ce n’était pas toujours clair », indique François Sarrazin, professeur à Sorbonne Université et spécialiste des translocations. Plus indiscutable fut le renforcement, dans les années 1890, des derniers bisons encore en liberté par un troupeau élevé dans le zoo du Bronx. Sans doute l’espèce emblématique lui doit-elle sa survie. Les Norvégiens exhibent avec fierté la réintroduction réussie du bœuf musqué à Dovrefjell, en 1932, quelque 40 000 ans après sa disparition de Scandinavie. Et les Néo-Zélandais affichent le transfert, entre deux de leurs îles, au début du XXe siècle, du kakapo, ce perroquet incapable de voler. Retour de l’histoire, ils ont de nouveau déplacé l’animal au XXIe siècle pour lui permettre d’échapper à des prédateurs introduits… par l’homme.

Il vous reste 59.83% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Leave a Comment