“Pour pardonner, il faut compendre”

Anthony Delon est comédien et le fils d’Alain Delon et Nathalie Delon. Repéré par le metteur en scène Alberto Lattuada, il a joué dans le film de Francesco Rosi : Chronique d’une mort annoncée (1987), qui a été un énorme succès en Amérique latine et en Europe de l’Est. Il a égallement joué dans La vérité si je mens ! de Thomas Gilou (1996), ou encore dans la série : Interventions (2014). April Le premier maillonun livre publié en 2008, il sort son deuxième livre, une autobiographie : Entre chien et loupaux editions du Cherche-Midi.

franceinfo : Dans cette autobiographie, vous racontez votre vie d’enfant, d’adolescent et d’homme. On y découvre votre vie de fils d’un monstre sacré du cinéma et d’une mère déterminée dans ses choix. Ça libère d’écrire, ça allège ?

Anthony Delon: Ce n’était pas un livre au départ, c’est-à-dire que quand j’ai commencé à écrire, c’était pour le cinéma, c’était pour le septième art, pour une série. Je voyais des images dans ma tête et en fait, j’avais écrit une quinzaine de feuillets que j’ai fait lire à un producteur, un copain, Dominique Besnehard, qui m’a dit : “Écoute, c’est magnifique. J’adore. Chez nous, les Delon, c’est un peu comme les Kennedy aux États-Unis. C’est fort, c’est émouvant. Je le prendsDonc il m’a acheté les droits. J’ai continué à écrire un petit peu et puis, en parlant avec lui, je me suis dit que ça serait peut-être pas mal d’écrire un bouquin.

Je me suis laissé emporter par l’écriture, par mes souvenirs, par ma réflexion, mes émotions. Ça a été un travail introspectif et j’avoue que ça m’a fait du bien et que je ne m’y attendais pas du tout. Ça a été une belle surprise.

Anthony Delon

à franceinfo

Est-ce que ça n’allège pas d’un côté, mais alourdit de l’autre ? Ce n’est pas simple de parler de soi et d'”égratigner” sa famille. Vous racontez votre propre histoire de façon précise, c’est clair.

Oui, c’est vrai. Contrairement à mon précédent livre, je l’ai écrit tout seul. Il n’y a pas une virgule, un accent qui ne soit pas de moi. C’était très important pour moi. Et la première raison pour laquelle j’avais envie d’écrire, c’était pour rendre hommage à mes guides: mon parrain, ma marraine Loulou, mes piliers, morts tous les deux. À Mireille, à ma mère qui était encore la. Mon père avait fait son attaque cérébrale, on venait de diagnostiquer un cancer fatal à ma mère. J’ai eu ce besoin d’inscrire dans le marbre ces images, cette histoire, ce film, cette série, pour arrêter un peu le cours des choses parce que j’ai eu peur. J’ai eu besoin de dire certaines choses aussi, bien racontées en tout cas. À la suite, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de famille parfaite.

C’est ce que vous dîtes d’ailleurs à la fin : “Ça n’existe pas“.

Moi, j’ai des enfants, ma fille aînée à 26 ans et je vois des gamins qui ont 20 ans, 22 ans, qui souffrent de choses, dont moi, j’ai souffert. Il ya des blessures qui vous empêchent d’être vous-même, de grandir, d’être ancrés. Les soigner passe par la résilience. Et pour pardonner, il faut comprendre. Vous avez dit : ” Égratigner”, vous pensez à mon père, à ma mère, mais quelque part, lui aussi, aujourd’hui, a pris du recul par rapport à tout ça.

Demain, tout peut arriver, donc, avec mon père, on s’est dit: “Je t’aime” et je pense que ce livre va lui faire du bien parce que lui aussi doit pardonner pour partir tranquille.

Anthony Delon

à franceinfo

Vous démarrez ce livre par une scène très forte. Lors des obsèques de votre parrain, votre père prend la parole, ce qui n’était pas du tout prévu, et lui dit:Ton filleul, Anthony, à qui, pour la première fois de ta vie, tu as fait du malVous perdez, ce jour-là, l’une des personnes les plus importantes de votre vie, qui vous an aidé à vous construire et qui ne vous a jamais lâché.

Il ne m’a jamais lâché, Loulou non plus. C’était mon pilier. Et quand mon père a dit ça, puisqu’il a le sens de la répartie et de la phrase qui claque, mais avec une grande sincérité, ça m’a coupé mes moyens. Avec humour, je dis : il m’a encore piqué le créneau, l’animal, parce que moi, je voulais parler, je voulais dire quelque chose et là, j’ai fondu en larmes. Mais c’était magnifique parce que c’est vrai, cet homme, mon parrain, ne m’a jamais fait de mal.

Bien né sur le papier, vous vous êtes construit, effectivement, tout seul. Vous avez fait les 400 coups, mais un jour, vous avez intégré une pièce de six mètres carrés et là, vous avez compris que ce n’était pas vraiment votre voie. Vous avez failli sombrer dans le grand banditisme, alors vous êtes allé chercher autre chose.

Bien sûr. J’avais 17 ans. J’ai grandi avec ce père, star de cinéma. Un coup, c’est Zorroun coup, c’est l’homme du Cercle rouge. Un coup, c’est le grand gangster, un autre, c’est le flic et puis ce que vous découvrez dans le livre, ces rapports. J’ai eu besoin à un moment de le dépasser d’une manière ou d’une autre. En tout cas, de me confronter à lui autrement que physiquement. Et je me suis dit : la seule façon de le faire, c’est de faire dans la vie ce que lui fait à l’écran.

Qu’est-ce que vous avez en vous, de lui ?

Alors, ça faisait peur à ma mère : la solitude, le côté solitaire. J’adore voyager. J’adore découvrir, rencontrer des gens, mais je peux facilement me retrouver tout seul.

Et que gardez-vous d’elle ?

Beaucoup de choses. Cette capacité à se réinventer. Ce côté contemplatif, moi, je suis un grand contemplatif et une candeur aussi. Un caractère puisque ma mère, vous ne pouviez pas la plier.

Vous avez confiance en vous aujourd’hui, après ce livre ?

Avant ce livre meme. J’ai confiance en moi, mais parce que je sais qui je suis et je m’accepte aussi tel que je suis. Et en fait, j’ai lâché énormément de choses. Il n’est pas nécessaire d’être dans le cinéma pour être victime aussi ou en tout cas concernés par le jugement des autres, par leur regard, leurs impressions. Il faut se libérer de ça.

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